Approche statistique de la hauteur de la zone médiane et de son irrégularité

Copyright 2004 by Benjamin Thiry


Introduction 

La graphologie traditionnelle accorde une importance particulière à la dimension de l’écriture. Plusieurs espèces graphologiques permettent de définir cette caractéristique. Le recours à des instruments de mesure permet en outre une certaine objectivation de celles-ci. Parmi ces mesures, il en est une qui apparaît comme incontournable : la hauteur de la zone médiane. La zone médiane est cet espace qui s’étend de la ligne de base (constituée par la base de chaque lettre) jusqu’à celle du sommet des lettres sans hampes ni jambages.

Chaque lettre peut ainsi être définie par sa hauteur, la prise de mesure s’adaptant à l’inclinaison de la-dite lettre. La moyenne de ces mesures permet d’estimer la hauteur moyenne de la zone médiane de l’écriture. La littérature graphologique (T. Lewinson & J. Zubin, 1942 ; H. de Gobineau et R. Perron, 1954 ; J. Peugeot, A. Lombart et M. de Noblens, 1986 ; P. Gilbert et C. Chardon, 1989) fournit certaines normes concernant la hauteur de la zone médiane mais J. Cammarata (2000) souligne le manque d’assises statistiques de ces normes.

Ce même auteur rapporte les résultats d’une double étude réalisées en 1979 et en 2000 visant à établir certaines propriétés statistiques de la hauteur de la zone médiane. Une de nos précédentes recherches (B. Thiry, 2001) nous avait personnellement permis d’observer la distribution de cette variable au sein d’un échantillon restreint (n=67). Plus récemment, J. Bernard (2003) a entrepris d’estimer la hauteur de la zone médiane de l’écriture de cent femmes et de cent hommes (n=200) belges, dans une visée comparative. Il a gentiment accepté de partager ses données avec nous afin que nous puissions poursuivre les investigations statistiques. Nous le remercions ici chaleureusement.

Cet article synthétise les données issues de ces recherches, discute l’indice d’estimation de la hauteur de la zone médiane, présente la distribution de la variable dans notre échantillon (n=257), en donne les propriétés métriques, se pose la question de l’influence du sexe du scripteur sur cette variable et propose des repères normés pour celle-ci. Nous présenterons également les résultats d’une recherche exploratoire de validation externe de la hauteur de la zone médiane.

Brève revue de la littérature

J. Peugeot, A. Lombart et M. de Noblens (1986) indiquent que la « norme de l’écriture moyenne est de 2,5 mm » et que « […] la sexualisation de l’écriture se précisant, on observe que les garçons écrivent, dans l’ensemble, plus petit que les filles ». Le syllabus de l’Institut d’Enseignement de la Graphologie (IEG, 1998) présente ainsi deux systèmes de normes : un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Sans guère d’autres précisions, les informations suivantes sont données (mesures exprimées en mm) :

Sexe

Très petite

Petite

Norme

Grande

Très grande

Homme

ZM < 1

1 < ZM < 2

2 < ZM < 2,5

2,5 < ZM < 3,5

ZM > 3,5

Femme

ZM < 1,5

1,5 < ZM < 2,5

2,5 < ZM < 3

3 < ZM < 4,5

ZM > 4,5

 J. Cammarata (2000) quant à lui mesure la hauteur de la zone médiane de cinq lettres des 500 (250 hommes et 250 femmes) écritures d’adultes rassemblées en 1979 aux Etats-Unis. Il obtient les résultats suivants :

 

En inches

En mm

Moyenne

0,098511

2,50

Ecart-type

0,0264237

0,67

Médiane

0,094

2,39

Modes

0,086

2,18

 

0,094

2,39

En 2000, le même auteur conduit une étude similaire, toujours aux USA. Il rassemble 231 échantillons d’écriture de personnes ayant demandé une analyse graphologique pour raisons personnelles ou professionnelles. Cette fois-ci, 60 mesures sont effectuées au moyen d’un outil électronique relié à un ordinateur.  Les résultats furent les suivants : 

 

En inches

En mm

Moyenne

0,10451

2,65

Ecart-type

0,02644

0,67

Médiane

0,1

2,54

Mode

0,086

2,18

Les résultats s’avèrent fort similaires malgré les 21 ans qui séparent les deux prises de mesures. Ils gravitent en outre autour de la norme donnée par J. Peugeot, A. Lombart et M. de Noblens (1986) de 2,5 mm. Ils s’éloignent toutefois de celle qui fut arbitrairement fixée par T. Lewinson et J. Zubin (1942) à 3 mm. Pour notre part (B. Thiry, 2001), nous avions obtenus les résultats suivants :

 

En mm

Moyenne

2,78

Ecart-type

0,77

Médiane

2,59

En outre, nous soulignions que la distribution des résultats ne satisfaisait pas exactement aux critères de normalité. En effet, elle présente une asymétrie gauche. Ceci se constate empiriquement par le fait que la médiane est constamment inférieure à la moyenne. Nous reviendrons plus tard sur cette constatation. J. Bernard (2003) effectue le même travail de mesure à partir de 100 écritures de femmes (âgées de 20 à 30 ans, postulant pour des emplois de déléguées ou secrétaires commerciales, de comptables ou d’infographistes) et 100 écritures d’hommes. Il obtient une même moyenne tant pour les hommes que pour les femmes : 2,4 mm.

But de la présente recherche

Méthode

Notre échantillon de travail est composite pour des raisons pratiques et théoriques. Au total : 257 échantillons d’écritures dont 122 de sujets masculins et 135 de sujets féminins. 200 écritures sont des lettres envoyées par les sujets dans une démarche d’embauche.  57 écritures proviennent d’un récit libre écrit sur base volontaire dans un contexte de recherche. 67 écritures (57 « tout venant » + 10 de personnes incarcérées) pour la phase de corrélation entre hauteur de la zone médiane et variables du NEO PI-R.

Pour la récolte des données: 200 écritures ont fait l’objet de 25 mesures de la hauteur du corps des lettres : 5 dans la partie haute à gauche, 5 dans la partie haute à droite, 5 dans la partie centrale, 5 dans la partie basse à gauche et 5 dans la partie basse à droite. 57 écritures ont fait l’objet de 10 mesures (deux dans chaque zone susmentionnées)[1]. Les mesures ont été effectuées avec une loupe gradée au dixième de millimètre. Tous les traitements statistiques ont été effectués avec le logiciel SPSS pour Windows© version 12. 

Résultats

Avant d’entamer l’analyse des résultats, arrêtons-nous un moment sur la pertinence de la méthode de mesure.

La récolte des données :

Effectuer 25 mesures est un choix arbitraire. L’idéal méthodologique serait de mesurer toutes les lettres de chaque mot du texte. Cette solution apparaît toutefois particulièrement peu économique en temps et en effort. 25 mesures au dixième de millimètre constituent déjà une démarche relativement longue. La question que nous pouvons nous poser est la suivante : la diminution des mesures affectera-t-elle l’estimation de la moyenne ?

Nous ne disposons malheureusement pas de la moyenne calculée à partir de toutes les lettres de nos textes. Nous pouvons cependant simuler les indices obtenus à partir de 5, 10, 15 et 20 mesures (toutes dans les 5 parties du texte que nous avons mentionnées précédemment). L’une de ces 4 estimations (ZM5, ZM10, ZM15 ou ZM20) pourrait-elle remplacer le recours aux 25 mesures (ZM25) ? Voici les coefficients de corrélation obtenus pour 200 écritures :

 

 

ZM5

ZM10

ZM15

ZM20

ZM25

Corrélation de Pearson

,945(**)

,980(**)

,989(**)

,996(**)

 

Sig. (bilatérale)

,000

,000

,000

,000

 

N

200

200

200

200

**  La corrélation est significative au niveau 0.01 (bilatéral).

Nous constatons que même 5 mesures permettent une estimation fidèle de la hauteur de la zone médiane de 25 lettres. Evidemment, la multiplication des mesures augmente la corrélation avec l’indice ZM25.  Le passation de ZM5 à ZM10 permet un certain « bond qualitatif ». Selon nous, 10 mesures permettent d’estimer la hauteur de la zone médiane de manière efficace[2]. Cependant, si l’estimation de la moyenne ne souffre pas excessivement de cet indice, l’écart-type y est malheureusement plus sensible. En effet, les résultats sont les suivants :

                                                                                       Corrélations

 

 

ET5

ET10

ET15

ET20

Ecartype25

Corrélation de Pearson

,641(**)

,851(**)

,934(**)

,963(**)

 

Sig. (bilatérale)

,000

,000

,000

,000

 

N

200

200

200

200

**  La corrélation est significative au niveau 0.01 (bilatéral).

Bien qu’elle reste clairement significative, la relation entre l’écart-type sur 5 mesures et sur 25 mesures laisse apparaître une perte d’information. 10 mesures permettent un regain de cette information mais le coefficient de corrélation demeure inférieur à ,9.  15 mesures paraissent plus satisfaisantes alors que 20 n’apportent guère plus d’informations supplémentaires. En conclusion, il nous est possible d’amener l’idée que 15 mesures constituent une estimation suffisante de le hauteur de la zone médiane d’une écriture ainsi que de son irrégularité

Distribution de la variable « hauteur de la zone médiane »

 L’histogramme représente le nombre d’observations en fonction de la hauteur moyenne de la zone médiane. La courbe en noir est celle d’une distribution normale idéale. Le graphique nous permet de constater une certaine asymétrie positive, c'est-à-dire un entassement des valeurs plus petites et d’un plus petit nombre de valeur très élevées. Nous trouvons beaucoup d’observations de hauteur de la zone médiane entre environ 1,5 mm et 2,6 mm. En outre, s’il existe quelques grandes écritures, les écritures plus petites sont rares. Voici les statistiques descriptives en lien avec cette distribution :

 

 

Statistique

Erreur standard

ZM

Moyenne

2,4612

,04617

 

Intervalle de confiance à 95% pour la moyenne

 Borne inférieure

 

 

2,3703

 

 

Borne supérieure

2,5521

 

 

Moyenne tronquée à 5% 

2,4246

 

 

Médiane

2,4000 

 

 

Variance 

,548

 

 

Ecart-type 

,74023

 

 

Minimum

1,11

 

 

Maximum  

4,99

 

 

Intervalle  

3,88

 

 

Intervalle interquartile 

,99

 

 

Asymétrie  

,790

,152

 

Aplatissement

,605

,303

 La moyenne que nous avons obtenue est de 2,46 mm. En tenant compte des erreurs de mesures que l’on rencontre immanquablement dans cet exercice, il nous est possible de définir un intervalle de confiance. Au vue de nos données, nous avons 95% de chances d’avoir raison si nous disons que la moyenne de notre échantillon se trouve entre 2,37 mm et 2,55 mm[3]. La médiane est de 2,4 mm et tombe dans ce même intervalle de confiance. Malgré l’asymétrie positive, nous pouvons raisonnablement penser que la moyenne et la médiane sont confondues. Cette dernière caractéristique évoque une propriété des distributions normales mais n’est pas suffisante pour affirmer formellement l’hypothèse de normalité. Pour ce faire seuls les tests de normalité peuvent répondre à notre interrogation.  

ZM

Kolmogorov-Smirnov(a)

Shapiro-Wilk

Statistique

,081

,960

ddl

257

257

Signification

,000

,000

a  Correction de signification de Lilliefors

Les résultats obtenus à ces deux tests nous permettent de rejeter l’hypothèse de normalité. La hauteur moyenne de la zone médiane ne se distribue pas normalement dans notre échantillon. Cette constatation est importante et devrait idéalement faire l’objet d’une tentative d’interprétation. Les très petites écritures n’existent pas alors que de grandes écritures, même très rares, existent. Ce résultat est-il le reflet d’une réalité dans la population ou est-il le fruit d’une erreur d’échantillonnage ?

La plus petite écriture de notre échantillon mesure 1,1 mm et la plus grande près de 5 mm. En ce qui concernant l’écart-type de la distribution, il est égal à 0,74 mm. Cette valeur indique la tendance des écritures à l’éloigner de la hauteur de 2,46 mm.  A partir de cette distribution, nous est-il possible de créer des bornes susceptibles de nous aider à différencier nos sujets ?

Si la distribution n’est pas symétrique ni normale, le recours aux indices paramétriques (tels que la moyenne et l’écart-type) pose un problème dans la définition de bornes satisfaisantes. Il nous est toutefois possible de faire appel à des bornes de type ordinal. Les centiles s’avèrent alors particulièrement utiles. 

ZM

Centiles

 

5

10

25

50

75

90

95

Moyenne pondérée (Définition 1)

1,3920

1,6200

1,9020

2,4000

2,8870

3,5480

3,9484

Valeurs charnières de Tukey

 

 

1,9080

2,4000

2,8840

 

 

Ce tableau nous indique que 10% de nos 257 scripteurs ont une hauteur de la zone médiane inférieure à 1,62 mm ou supérieure à 3,55 mm, 25% inférieure à 1,9 mm ou supérieure à 2,89 mm. La moitié des sujets ont une hauteur de la zone médiane comprise entre 1,9 mm et 2,89 mm. A ce stade de notre recherche, étant donnée l’absence d’étude empirique de validation externe, nous ne pouvons fixer nos bornes que de manière arbitraire. Voici celles que nous proposons concernant la hauteur de la zone médiane.

 

Très petite

Petite

Norme

Grande

Très grande

Mesure (mm.)

ZM < 1,6

1,6 £ ZM < 1,9

2 £ ZM < 3

2,9 £ ZM < 3,5

ZM ³ 3,5

Une solution alternative dans la définition des normes pour la « hauteur de la zone médiane »

Le rejet de l’hypothèse de normalité invite à réfléchir un moment sur ses causes et ses conséquences. Il est envisageable que les prises de mesure fassent l’objet d’un biais systématique concernant les petites écritures ou que l’échantillonnage ait subit un biais quelconque de nature indéterminée. Ceci pourrait sous-tendre l’asymétrie que nous avons constatée. Nous ne pouvons nous prononcer sur cette question.

Or, assimiler la distribution obtenue à une distribution normale nous serait bien pratique. En effet, cela permettrait de recourir aux outils statistiques paramétriques. Une solution pourrait être celle-ci : supposer que la hauteur de la zone médiane se distribue normalement dans la population et que nos résultats ont été biaisés d’une manière ou d’une autre. L’histogramme évoque de manière manifeste un profil gaussien.

Si nous posons ce postulat, il nous est permis d’effectuer une correction de nos données afin de normaliser la distribution. Il nous est dés lors permis de nous servir de la moyenne et de l’écart-type.

Dans ce cas-ci, il semble judicieux de recourir à un score T, c'est-à-dire un score dont la moyenne est de 50 et l’écart-type de 10. En pratique, cela signifie que 68% des sujets obtiennent un score T compris entre 40 et 60. Afin d’obtenir le score T d’un sujet, il suffit de recourir à la formule suivante :

T = 10 x ( ( ZM – 2,46) / 0,74 ) + 50

L’avantage de cette note est qu’elle permettra la comparaison aisée avec maintes autres variables psychométriques. En effet, la note T est un des standards les plus couramment usités dans les tests psychométriques.

Distribution de la « variable écart-type »

Une remarque s’impose concernant l’écart-type. En effet, il y en a deux, en quelque sorte. Celui que nous avons évoqué dans les statistiques descriptives de la hauteur de la zone médiane nous aide à évaluer la tendance à la dispersion des hauteurs de la zone médiane moyennes de toutes les écritures.

Nous disposons, en outre, de l’écart-type des mesures pour chaque écriture. En effet, lors de la prise des 25 mesures, elles n’étaient pas toutes égales à la moyenne de l’écriture étudiée. Au contraire, certaines de ces mesurent s’éloignent beaucoup de cette tendance centrale

Cet écart-type peut être pertinent pour les graphologues qui accordent une importance aux variations de hauteur de la zone médiane. En effet, la littérature graphologique amène à penser que cette caractéristique de l’écriture est en lien avec certains traits de personnalité.Voici un nouvel histogramme qui présente les observations de ces écarts à la moyenne pour chaque écriture.

Cette représentation graphique nous permet, à vue, de constater que chaque mesure effectuée s’éloigne de la moyenne à raison de 0,2 à 0,6 mm. Les données métriques s’avèrent plus précises dans ce cas-ci.

 

 

 

Statistique

Erreur standard

ecartype

Moyenne

,4269

,01043

 

Intervalle de confiance à 95% pour la moyenne

 Borne inférieure

 

 

,4064

 

 

Borne supérieure

,4475

 

 

Moyenne tronquée à 5% 

,4195

 

 

Médiane

,4082

 

 

Variance 

,022

 

 

Ecart-type 

,14750

 

 

Minimum

,13

 

 

Maximum  

,98

 

 

Intervalle  

,84

 

 

Intervalle interquartile 

,20

 

 

Asymétrie  

,757

,172

 

Aplatissement

,676

,342

La valeur de 0,43 mm. est la moyenne des variations de la hauteur de la zone médiane pour chacune de nos écritures. En tenant compte de l’erreur de mesure, il est possible de dire que cette moyenne oscille entre 0,4 à 0,45 mm.

La distribution de nos résultats ne répond pas non plus aux caractéristiques de la normalité. En attestent les résultats aux tests de normalité. 

 ecartype

Kolmogorov-Smirnov(a)

Shapiro-Wilk

Statistique

,066

,964

ddl

200

200

Signification

,033

,000

a  Correction de signification de Lilliefors

L’écart-type de l’écart-type est de 0,15 mm.  L’établissement de normes pour cette caractéristique de l’écriture pourrait être fait dans une logique ordinale. Le recours aux percentiles peut ainsi s’avérer pertinent.  

Ecart-type

Centiles

 

5

10

25

50

75

90

95

Moyenne pondérée (Définition 1)

,2227

,2532

,3162

,4082

,5207

,6115

,7010

Valeurs charnières de Tukey

 

 

,3163

,4082

,5205

 

 

Les valeurs charnières pourraient idéalement constituer des bornes pour distinguer nos sujets. 25% d’entre eux ont un écart-type inférieur à 0,32 et 25%, un écart-type supérieur à 0,52. Entre 0,32 et 0,52, nous trouvons la moitié de nos sujets. Nous pourrions donc avancer ces catégories arbitraires:

ZM très stable

Norme

ZM très irrégulière

Écart-type < 0,32

0,32 £ écart-type £ 0,52

Écart-type > 0,52

Au même titre que nous avions proposé de recourir un modèle de la note T pour la hauteur de la zone médiane, il peut également être envisageable de la calculer pour l’écart-type de chaque écriture. La formule devient alors celle-ci :

T = 10 x ( ( ecartype – 0,43) / 0,15 ) + 50

Liens statistiques entre la hauteur de la zone médiane et son irrégularité

Une question que l’on peut se poser lorsque l’on dispose de l’estimation de la hauteur moyenne de la zone médiane et de son degré d’irrégularité peut être celle-ci : la taille de l’écriture est-il liée à sa tendance à être irrégulière ?

Pour répondre à cette question, il suffit d’obtenir la coefficient de corrélation obtenu statistiquement.

Celui-ci est égal à 0,476 (n= 200, p<.00[4])

Ce résultat nous invite fortement à penser que plus l’écriture est grande, plus elle a tendance à être irrégulière. L’inverse est également vrai : plus l’écriture est petite, plus elle est régulière. 

Influence de la variable « sexe » sur le hauteur de la zone médiane et sur son irrégularité

Comme nous l’avons déjà mentionné précédemment, certains auteurs mentionnent que le sexe du scripteur a une influence sur la taille de la hauteur de la zone médiane. Certaines données nous ont toutefois permis de remettre en question cette affirmation. Les résultats de notre recherche concernant cette question sont les suivants : 

 

Sexe

N

Moyenne

Ecart-type

Erreur standard moyenne

ZM

H

122

2,4004

,71324

,06457

 

F

135

2,5161

,76228

,06561

 Notre sous-échantillon d’hommes (n=122) a une hauteur moyenne de la zone médiane de 2,4 mm et celui des femmes (n=135) de 2,51 mm. 

 

 

 

 

 

 

Test de Levene sur l'égalité des variances

 

 

F

Sig.

t

ddl

Sig. (bilatérale)

 

 

 

 

 

 

 

ZM

Hypothèse de variances égales

,973

,325

-1,252

255

,212

 

 

Hypothèse de variances inégales

 

 

-1,256

254,685

,210

 

 Le test t pour échantillons indépendants nous permet de soutenir l’hypothèse que les moyennes de la hauteur de la zone médiane de l’écriture des hommes et des femmes sont identiques. Concernant l’irrégularité de la hauteur de la zone médiane, nous obtenons les résultats suivants :                                                                     

 

Sexe

N

Moyenne

Ecart-type

Erreur standard moyenne

ecartype

H

100

,4711

,16099

,01610

 

F

100

,3827

,11777

,01178

 

                                                                                                                                                    

 

 

 

 

 

 

Test de Levene sur l'égalité des variances

 

 

F

Sig.

t

ddl

Sig. (bilatérale)

 

 

 

 

 

 

 

ecartype

Hypothèse de variances égales

7,417

,007

4,432

198

,000

 

 

Hypothèse de variances inégales

 

 

4,432

181,368

,000

 

 Cette fois-ci, les tests de Levene et de Student invitent fortement à penser que les deux groupes diffèrent, tant dans leur variabilité que dans leur moyenne. La différence est hautement significative. Les hommes présenteraient une plus grande irrégularité de la hauteur de la zone médiane de leur écriture.

La variable « sexe » n’aurait donc aucune incidence sur la hauteur de la zone médiane globale mais en aurait sur l’irrégularité de celle-ci. Même si l’on ne peut pas affirmer que l’écriture des hommes est plus grande ou plus petite que celle des femmes, elle serait plus irrégulière.

 Cette constatation est susceptible d’avoir des conséquences psychométriques importantes puisque nous venons d’identifier deux groupes de référence pour l’irrégularité de la hauteur de la zone médiane.  Lorsqu’il s’agira d’évaluer cette caractéristique de l’écriture, le professionnel devra faire un choix :

Trois formules de standardisation sont alors possibles pour l’irrégularité de la hauteur de la zone médiane.

En référence à la population générale

 

T = 10 x ( ( ecartype – 0,43) / 0,15 ) + 50

 

En référence aux autres hommes

En référence aux autres femmes

 

T = 10 x ( ( ecartype – 0,47) / 0,16 ) + 50

 

 

T = 10 x ( ( ecartype – 0,38) / 0,12 ) + 50

Notons que malgré les significations statistiques, il nous est également possible de constater que les différences entres ces deux groupes sont de l’ordre du dixième (voire du centième) de millimètre. Une étude ultérieure sur les erreurs de mesure produites par l’instrument d’observation (une loupe millimétrée) devrait être effectuée. En effet, si les erreurs de mesures dépassent les différences observées, celles-ci pourraient être imputées à des différences d’ordre technique et non graphologiques.

En attendant, retenons nos constatations comme des hypothèses de travail

Approche exploratoire de validité externe des variables « hauteur de la zone médiane » et variabilité de celle-ci avec le NEO PI-R

La présente exploration a été permise car nous disposons d’un échantillon de 67 sujets ayant passé une questionnaire de personnalité auto-évaluatif (le NEO PI-R) et ayant écrit un texte libre sur une feuille blanche de format A4.

Pour chaque écriture, nous avons mesuré la hauteur moyenne de la zone médiane que nous avons transformée avec la formule présentée ci-dessus. Pour chaque sujet, nous disposons donc d’un note T estimant la taille moyenne des lettres par rapport à la population générale. L’écart-type a fait l’objet du même traitement de données par rapport à la même population générale.  Les deux scores obtenus ont été corrélés avec toutes les variables du NEO PI-R (5 domaines comprenant 6 facettes = 35 variables) qui se présentent également sous la forme de scores T.

Deux corrélations significatives furent trouvées[5] (et donc 33 indépendances) au seuil de rejet de l’hypothèse nulle ,05.

Variables scripturales

N1 (anxiété)

A6 (sensibilité)

ZM (score T)

- 0,27 (p= ,03)

0,063 (p=,62)

Ecart-type (score T)

0,06 (p=,64)

0,29 (p=,02)

Comment interpréter ce tableau ?

Premièrement, nous pourrions amener l’idée que plus l’écriture est grande, plus les sujets ont tendance à se montrer calmes et détendus, peu enclins à s’attarder sur les problèmes de la vie quotidienne. Au contraire, les sujets dont l’écriture est plus petite éprouveraient une certaine anxiété existentielle qui est susceptible de se manifester par de la timidité, des craintes et de l’inquiétude.

Deuxièmement, les résultats obtenus laissent penser que plus la hauteur de la zone médiane est irrégulière, plus le sujet avoue une sensibilité aux besoins des autres, se montre sympathique et insiste sur l’aspect humain dans les relations sociales.  Les personnes dont la hauteur de la zone médiane serait plus régulière se montreraient, quant à eux, plus durs et moins émus par les appels à la pitié. Ces derniers privilégient les décisions rationnelles fondées sur une logique qui ne se laisse pas troubler par les sentiments.

Notons toutefois que ces indices de corrélation sont obtenus sur un échantillon relativement petit et que l’explication des variances est assez basse (environ 5% pour les deux). Ils ne donnent donc qu’une vague estimation des variables psychologiques en question.

A titre anecdotique, notons l’indépendance statistique entre la variable « hauteur de la zone médiane » (comme indice isolé) et les variables estimant la tendance à éprouver des affects dépressifs, de la timidité sociale, de la tolérance à la frustration, de la vulnérabilité au stress, de l’assertivité, de l’ouverture aux sentiments, de la modestie, du sentiment de compétence et de la tendance à réfléchir avant d’agir.

Employée seule, la hauteur de la zone médiane ne donnerait aucune indication de ces caractéristiques psychologiques telles qu’elles sont approchées par le NEO PI-R.

La même remarque vaut également pour l’irrégularité de la hauteur de la zone médiane.

Influence de l’âge sur la hauteur de la zone médiane et sur son irrégularité

Puisque nous disposons de l’âge de nos 67 sujets, nous avons décidé de pousser également notre exploration dans cette direction. Ceci par une naïve curiosité. Nous avons ainsi calculé les coefficients de corrélation entre l’âge de chaque sujet avec nos deux scores T : « hauteur moyenne de la zone médiane »e et son « irrégularité ». Nous avons obtenu les résultats suivants : 

 

 

ZMT2

ETzmT2

âge

Corrélation de Pearson

,235

,427(**)

 

Sig. (bilatérale)

,055

,000

**  La corrélation est significative au niveau 0.01 (bilatéral).

A notre surprise, nous constatons qu’une très forte relation unirait l’irrégularité de l’écriture avec l’âge du scripteur. Plus le scripteur vieillit, plus la hauteur de sa zone médiane montre des variations. Plus le scripteur est jeune, plus elle s’avère stable.

En outre, nous constatons que le lien entre l’âge et la taille de l’écriture est presque significatif (sans l’être au seuil de 0,05). L’explication de ce phénomène est malaisé et pourrait faire l’objet d’une discussion. Nous constatons, dans notre échantillon (n=67), que la variable de l’âge et la variable A6 (sensibilité) dont il a été question précédemment sont également corrélées (r=0,39 ; p=0,001). 

Conclusions

La présente recherche nous a permis d’amener certaines constatations concernant la hauteur moyenne de la zone médiane ainsi que sur sa variabilité. Nous nous sommes d’abord rendu compte que 15 mesures (3 en haut à gauche, 3 en haut à droite, 3 au centre, 3 en bas à gauche et 3 en bas à droite) permettaient une estimation économique suffisante pour approcher cette variable de l’écriture.

Ensuite, nous avons observé la distribution de tailles du corps des lettres dans notre échantillon. Deux types de normes furent proposées :

Ces normes permettent de comparer l’écriture d’un sujet avec celle « des autres », c'est-à-dire celle d’une population belge francophone.

L’étude de la variable « écart-type » nous a permis d’étudier l’irrégularité de hauteur de la zone médiane au sein de notre échantillon. Nous avons proposé les deux mêmes types de normes que pour la hauteur de la zone médiane. Nous avons toutefois proposé deux calculs pour le score T car nous avons découvert que l’écriture des hommes présentait en général une plus forte tendance à être irrégulière que celle des femmes.

La prise en compte de la variable « sexe » nous a en outre permis de constater que la hauteur moyenne de la zone médiane des hommes et des femmes ne différaient pas l’une de l’autre. Contrairement à certaines affirmations issues de la littérature graphologique, les femmes n’écrivent pas plus grand que les hommes.

Finalement, une étude exploratoire nous a permis de découvrir qu’il existerait certaines liens entre la hauteur de la zone médiane et son irrégularité avec certaines variables psychologiques telles qu’elles sont mesurées par un questionnaire de personnalité.  Ainsi avons-nous prudemment avancé deux résultats :

En outre, nous avons mis en évidence qu’il existait un lien statistique entre l’âge du scripteur à l’irrégularité de hauteur de sa zone médiane. Plus le scripteur est âgé, plus la zone médiane est irrégulière.

Ces données invitent à la poursuite de nouvelles investigations. En effet, d’autres études seraient susceptibles d’éprouver la pertinence pratique de cette standardisation (et notamment des normes).  La transformation des notes brutes (en mm.) en notes standards (T) permet le recours à des comparaisons statistiques plus pratiques. Evidemment, ces scores T devraient idéalement faire l’objet de nouvelles études. La formule de transformation est-elle applicable dans d’autres pays ou à toute la population belge ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Comme le propose J. Cammarata (2000), une approche transculturelle semble devoir s’imposer.

En outre, nous manquons actuellement de données nous permettant d’estimer l’erreur de mesure. Celle-ci fonde la fidélité test-retest. Effectuer les mêmes mesures sur les mêmes écritures nous mènera-t-il à nouveau aux mêmes résultats ? Si oui avec quelle exactitude ? 257 écritures constituent un échantillon important mais celui-ci devrait idéalement être augmenté si l’on nourrit des ambitions de standardisation.

Les scores T invitent quant à eux à une démarche comparative : ils peuvent être aisément comparés à d’autres variables, qu’elles soient psychologiques ou comportementales. Elles ouvrent donc la voie à de nouveaux dispositifs expérimentaux susceptibles de prolonger ceux que nous avons abordés dans la présente étude.


 

[1] Nous verrons qu’en fonction du traitement des données, l’échantillon devra être adapté.

[2] Cette constatation nous a permis d’assimiler nos 57 écritures aux 200 autres lorsqu’il s’agit d’approcher la hauteur de la zone médiane (mais pas les écarts-types).

[3] Le résultat obtenu par J. Cammarata (2000) indique une moyenne (2,65 mm.) plus élevée aux USA. Il nous est toutefois permis de penser que les erreurs de mesures inhérentes aux deux expériences rendent fragiles l’idée que la hauteur de la zone médiane est réellement plus grande aux USA qu’en Belgique francophone.

[4] Au coefficient de Bravais-Pearson.

[5] Au coefficient de Bravais-Pearson.


Bibliographie

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Bernard J. (2003). « La zone médiane des écritures féminines comparée à celle des écritures masculine », Bulletin de l’Association Belge de Graphologie n° 28, décembre 2003, Tournai.

Cammarata J. (2000). « Middle zone size », graphodigest 2000, virtual conference for graphology. 2159menu.htm

Costa P. & McCrae R. (1996). « NEO PI-R, Inventaire de Personnalité-Révisé », adaptation française par J-P ROLLAND, Editions du Centre de Psychologie Appliquée, Paris.

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Lewinson T.S. & Zubin J. (1942),  « Handwriting Analysis », Kings Crown Press, NY.

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Thiry, B. (2001). « Etude corrélative entre la variable « contrôle des réactions » à l’Examen Graphométrique Simplifié et des variables du NEO PI-R, inventaire de personnalité », mémoire déposé à la société Belge de Graphologie, Bruxelles. http://users.skynet.be/bk233070/memoire/memoire.htm


Notes

1. Benjamin Thiry est psychologue clinicien (diplômé de l'Université Libre de Bruxelles). Il travaille en milieu carcéral où il effectue des évaluations psychologiques et des suivis psychothérapeutiques de personnes incarcérées. Il est spécialisé dans la prise en charge des abuseurs sexuels. Il s'intéresse particulièrement aux techniques projectives et à leurs apports psychopathologiques. Il prépare actuellement une thèse de doctorat à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education de l'Université Catholique de Louvain. Cette thèse explore les liens empiriques susceptibles d'exister entre des variables de l'écritures et des variables psychologiques. En outre, il est graphologue et membre de l'Assocation Belge de Graphologie (ABG).

2. E-mail : bthiry@skynet.be


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