Dénominations des espèces : problématique ou réalité incontournable ?

Copyright 2002 par Margaret Constantineau et Laurent Lamoureux  


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Introduction

Par ce communiqué, nous voulons sensibiliser les graphologues à la problématique de la dénomination des espèces courantes ; l’analyse de cette situation devrait nous inviter à développer en priorité un langage technique commun. Ainsi, le résultat escompté facilitera les échanges entre les graphologues tout en améliorant la validation des analyses. Dans le cadre de la réalisation d’un projet de recherche, deux étudiants-graphologues ont choisi d’identifier les espèces courantes telles que proposées dans la littérature francophone. Considérant la multiplicité des termes utilisés, il y aurait intérêt à comparer nos résultats avec des graphologues qui n’utilisent pas le français.

L’objectif de notre recherche visait à bâtir un nouvel outil pédagogique pour le bénéfice de l’école Scriptos (rattachée au Collège Notre-Dame-de-Foy à Québec). Outre l’identification des espèces, le document contient les principales définitions fournies par les auteurs de même qu’une synthèse des interprétations. Pour chacune des espèces retenues, le document présente des exemples permettant à l’élève de visualiser la présence plus ou moins prononcée de l’espèce concernée. D’ici peu, le document complet sera publié et il est présentement utilisé dans l’enseignement à titre expérimental.

Nous n’avons pas l’intention de vous inonder ici de définitions, ni de nouvelles interprétations et ni non plus de défendre l’utilité de quelque système de cotation. Nous souhaitons plutôt identifier les embûches rencontrées au cours de notre compilation. Nous souhaitons que les graphologues chevronnés se prêtent aussi à un tel exercice plutôt que de considérer la terminologie comme une réalité incontournable.

Objet de la recherche

À notre avis le développement de l’enseignement de la graphologie s’accompagne de la création de nouveaux outils d’apprentissage. C’est pourquoi, nous endossions le projet de développer un outil complémentaire d’interprétation en utilisant les clés de voûte d’auteurs français.

Nous voulions identifier des espèces couramment représentatives, à l’aide d’un inventaire des terminologies et interprétations de neuf auteurs. Nous vous fournissons, à la fin de cette présentation, la liste des auteurs choisis et les documents consultés. D’autres graphologues de valeur auraient pu, eux aussi, faire partie de notre analyse mais nous avons décidé de nous en tenir à ceux-ci, pour le moment. Dans l’intervalle, nous comptons sur la contribution d’autres graphologues pour aider et enrichir notre sélection des espèces courantes.

Les résultats

Avant de sélectionner les espèces les plus couramment utilisées, nous avons compilé la liste des espèces par genres, auteur par auteur. Lorsqu’un auteur identifiait un nouveau terme d’espèce, nous lui donnions une place unique afin de pouvoir trouver un autre auteur qui, lui aussi, utiliserait le même terme. Nous avons donc obtenu une grille de fréquence des différents termes employés. Le problème que nous soulevons ne concerne que la dénomination des espèces puisque la dénomination des genres demeure semblable entre les auteurs.

Si nous excluons les termes qui concernent les marges et ceux de la catégorie des signes particuliers, nous avons obtenu une liste d’environ 260 termes utilisés chacun par les auteurs choisis. Puisque tous les volumes consultés sont fréquemment utilisés, il n’y a pas lieu de discréditer le travail des auteurs ; nous voulons plutôt susciter entre les graphologues un échange aussi complet que possible pour harmoniser le langage de base des espèces génériques. Nous vous fournissons en annexe la liste des espèces courantes dans le cadre de notre document pédagogique. Considérant, par ailleurs, la notoriété des auteurs, nous avons choisi de ne pas fournir le nom des auteurs afin d’éviter d’inutiles comparaison entre eux et pour conserver au débat le niveau qu’il mérite. Par conséquent, les auteurs sont identifiés à l’aide d’une lettre de l’alphabet. Nous présentons nos résultats selon trois formats différents.

Premier recoupement : les espèces rares.

Nous reproduisons ci-dessous un échantillon des espèces mentionnées une  ou deux fois seulement par quatre des auteurs choisis.

 

W

X

Y

Z

Brisée

Centrifuge

Dodue

Ecrasée

Précise

Tendue

En miroir

Exagérée

Ondulée

Ovalisée

Soulignée

Tranchante

Déguisée

Illisible

Légère

Propre

Serpentine

Uniforme

Bizarre

Fragmentée

Fuselée

Maigre

Souple

 

 

Un certain nombre d’auteurs utilisent des termes identiques dans un certain nombre de cas alors que pour le reste, ils développent une terminologie qui leur est propre. Et il est aussi possible, pour bon nombre d’entre nous, que nous utilisions certains de ces termes dans notre pratique.   

Sur les 260 termes trouvés dans les ouvrages consultés, plus de 130 ne sont mentionnés qu’une ou deux fois seulement alors qu’environ 110 termes sont utilisés par trois auteurs ou plus seulement. À peine 56 termes semblables se retrouvent chez cinq auteurs ou plus (voir tableau ci-dessous) et 37 termes communs se retrouvent chez six ou sept auteurs. Outre les espèces courantes utilisées, il nous arrive certes de recourir à d’autres espèces que celles mentionnées ci-dessus ; mais nous devons aussi reconnaître qu’il s’agit-là de situations particulières et non d’espèces courantes. L’inverse consisterait à conserver autant de termes, en d’autres mots, à ne rien changer quitte à affaiblir la comparabilité entre les analyses graphologiques  

Deuxième recoupement : les espèces les plus fréquemment décrites.

Nous reproduisons ci-dessous la liste des 56 espèces présentes chez cinq auteurs ou plus :

GENRES

8 fois

7 fois

6 fois

5 fois

Ordonnance

 

 

              

 

 

 

Claire

 

Aérée

Compacte

Espacée

Ordonnée        

Dimension

 

 

Grande

Petite

Grossissante

 

 

Ample

Basse

Surélevée

Serrée

 

Proportionnée

Disproportionnée

Sobre

 

 

Gladiolée

Prolongée (haut/bas)

 

Pression

 

 

 

 

Pâteuse

 

Appuyée

En relief

Nourrie

Spasmodique

 

Acérée

Ferme

Pression déplacée

Forme

 

 

 

 

Simplifiée

Filiforme

 

Anguleuse

Compliquée

En arc

En guirlande

Simple 

 

Arrondie

Calligraphique

Crénelée

Gonflée

Jointoyée

Stylisée

Vitesse

 

 

 

Rapide

Posée

 

Précipitée

 

Lancée

Lente

Inclinaison

 

 

 

 

 

 

 

Verticale

Direction

 

 

 

Ascendante

Descendante

Inclinée

Renversée

 

 

 

Chevauchante

Continuité

 

 

 

Combinée

Juxtaposée

Liée

 

Groupée

A reprises

Retouchée

Saccadée

 

 

Au début de notre recensement, nous nous attendions à  trouver un large consensus entre les auteurs quant à la dénomination des espèces. Lorsque nous avons constaté que 55 % des auteurs seulement s’entendaient pour identifier 56 espèces communes, soit 25 % de tous les termes, nous avons pris le parti de considérer que la sélection des espèces courantes devait aussi contenir les termes utilisés à trois ou quatre reprises seulement.

Au-delà des explications à consonance historique et au-delà aussi des filiations professionnelles entre les auteurs, il est curieux de constater, plus de cent ans après la naissance de la graphologie, que le taux d’harmonisation dans le vocabulaire utilisé par les graphologues de langue française soit aussi faible.

 

Troisième recoupement : les espèces dans deux genres.

Nous reproduisons ci-dessous, quelques exemples d’espèces classées dans un genre par certains auteurs et dans un autre genre par d’autres.

 

Espèces

Nombre d’auteurs

Genre

Genre

Claire

6

Ordonnance

Dimension

Ample

7

Dimension

Forme

Gladiolée

5

Dimension

Continuité

Grossissante

8

Dimension

Continuité

 

Constatant que certaines espèces très courantes étaient parfois classées dans deux genres différents, nous avons du choisir de les classer dans le genre qui nous semblait le plus approprié. Par ailleurs, le fait de conserver des espèces peu fréquemment mentionnées nous a permis aussi d’inclure aussi des antonymes d’espèces, dans notre liste des espèces courantes

Conclusion

Définie à juste titre à la fois comme une science et un art, la graphologie oublie parfois de bien situer la place de sa dualité. L’approche scientifique exigerait que deux graphologues identifient dans une même écriture au moins les trente signes les plus significatifs pour chacun d’entre eux. L’approche créative laisse aux mêmes analystes le soin de doser leur interprétation en visualisant la présence des signes tout en qualifiant leur degré de manifestation. L’identification de la chaîne logique des comportements psychologiques du scripteur devient donc l’ultime contribution du graphologue puisqu’ils conservent, tous les deux, la satisfaction d’avoir accordé une importance comparable aux éléments significatifs présents dans l’écriture analysée.

Si les graphologues reconnaissent l’intérêt collectif de partager un vocabulaire commun pour identifier les aspects standard d’une écriture, ils contribuent, à notre avis, au développement scientifique de la graphologie. La graphologie prend une place de plus en plus grande dans plusieurs domaines : que ce soit en criminologie, en psychologie, en orientation professionnelle et en éducation. Au quotidien, de nombreux graphologues collaborent aussi avec d’autres professionnels et ils partagent le résultat de leurs observations. Ces perspectives méritent l’effort d’une systématisation du vocabulaire et par conséquent d’une certaine quantification des phénomènes observés.

En dépit de nos constatations, nous reconnaissons cependant que les auteurs choisis n'appartiennent pas tous à la même école de pensée, ce qui rend plus difficile l'objectif d'harmonisation Même pour les auteurs d'inspiration jaminienne, il existe là aussi des écarts de terminologie. Nous espérons que les ouvrages en préparation apportent un nouvel éclairage sur ces différences ainsi que sur l'usage des espèces courantes et des espèces particulières.

Bibliographie

COLO, Catherine et Jacqueline PINON, Traité de graphologie Dynamique de l’écriture, Expansion Scientifique Française, Paris, 2002.

CRÉPIEUX-JAMIN, J., ABC de la Graphologie, 7e édition, Presses Universitaires de France, 1980.

DESURVIRE, Marcelle, Les bases jaminiennes, les genres et les espèces, Feuillets de Graphologie 2, Masson, 1990.

DUMONT, Danièle, Les bases techniques de la graphologie, Delachaux et Niestlé, 1994.

FAIDEAU, Pierre et al., Dictionnaire pratique de graphologie, M.A. Éditions, 1989.

GILLE-MAISANI, Dr Jean-Charles, Psychologie de l’écriture, 2e édition, Éditions Payot, Paris, 1978.

PEUGEOT, Jacqueline, LOMBARD, Arlette et Madeleine de NOBLENS, Manuel de graphologie, 7e tirage, Masson, Paris, 1986.

TORBIDONI, Lamberto et Livio ZANIN, Graphologie Manuel théorique et pratique, traduit de l’italien par Roma Lavoie et Jean-Charles Gille-Maisani, Éditions Frison-Roche, 1993.

VELS, Augusto, Dictionnaire de Graphologie, traduit de l’espagnol par Annie Pesnel, Grancher / Masson, 1993.


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