
En 1879, l'abbé Michon - 1806-1881, auteur des premiers ouvrages français qui tentent la mise en place d'une méthode - organisait en France le premier congrès le graphologie. Aujourd'hui, grâce à Internet, pont au-dessus des mers et des continents, les graphologues peuvent se retrouver sans se déplacer pour échanger des idées sur leur passion commune. C’est cette passion qui animait l’abbé Michon lorsqu’il recensait inlassablement les signes graphiques ; c’est cette même passion qui animait Crépieux-Jamin lorsqu’il reprit le flambeau, recensant dans le sillage de Michon, les signes des différents traits de caractère puis découvrant des principes nouveaux qui hissèrent notre science au rang où elle se trouve actuellement.
Alors qu’il en était encore à recenser les signes à l’instar de Michon, Crépieux-Jamin était déjà salué comme un novateur, comme un maître, ainsi qu’en témoigne l’exposé de l’état de la graphologie en 1892 dressé par Louis Deschamps. Louis Deschamps y reconnaît deux progrès substantiels apportés par Crépieux-Jamin dès la première parution du ‘’Traité pratique de graphologie’’ en 1885 : celui de la relativité de la valeur des signes et, conjointement, celui de la discrimination de cette valeur à partir du niveau général de l’écriture qui reflète le niveau général du caractère, c’est à dire à partir du degré d’harmonie.
L’idée de la relativité des interprétations n’avait toutefois pas échappé à Michon, puisqu’il avait écrit en énonçant sa ‘’loi des résultantes’’ que ‘’tout signe graphique est nuancé par un autre signe’’, ce qui était une autre façon d’exprimer ce qu’il avait déjà écrit au sujet de ce qu’il appelait ‘’la physiologie graphique‘’ : ‘’il faut voir les traits graphiques dans le mouvement qui les rapproche, dans les lois qui président aux combinaisons variées à l’infini dont se forme l’écriture individuelle, personnelle’’.
C’est donc bien cette même idée que Crépieux-Jamin exposait dans le ‘’Traité pratique de graphologie’’ en énonçant : ‘’les signes graphologiques n’ont une valeur absolue que considérés en eux-mêmes. Dans un ensemble, leur valeur est relative’’.
Cependant, à la différence de Michon, Crépieux-Jamin exprimait cette idée à l’éclairage d’une réflexion suggérée par une anecdote relatée par Moreau de la Sarthe en additif
à sa traduction de l’’Art de connaître les hommes par leur physionomie’’ de Lavater. Cette anecdote expliquait qu’une personne avait spontanément extrait deux écritures d’un lot en disant :’’Voilà des écritures de premier ordre ! le génie, ou du moins un esprit supérieur, est annoncé par les détails et l’ensemble de tous ces traits’’. Les deux écritures en question étaient celles de Voltaire et de Montesquieu.
Considérant que, selon ses propres termes, ‘’il y a longtemps que les graphologues jugent par l’harmonie générale de l’écriture le degré de supériorité des individus’’, Crépieux-Jamin va en faire un principe discriminatoire, il va interpréter les écritures selon le degré d’harmonie. Ainsi, selon l’exemple qu’il donne dès la première édition du ‘’Traité pratique’’, un signe de naïveté dans une écriture très harmonique signifie ‘’candeur’’, dans une écriture d’une harmonie moyenne, il signifie ‘’naïveté’’, dans une écriture insignifiante, il signifie ‘’sottise’’ et dans une écriture très inharmonique il signifie ‘’stupidité’’.
Crépieux-Jamin développa son idée dans ses publications suivantes jusqu’au terme de son oeuvre, l’’’ABC de la graphologie’’, publié en 1930, où il la formula ainsi ‘’L’interprétation des mouvements de l’écriture est fonction du milieu dans lequel ils se manifestent. Il fallait trouver le moyen de déterminer ce milieu par des procédés rapides. Nous l’avons tenté de deux manières qui peuvent très bien se superposer. La première renseigne sur le développement du scripteur, en partant de l’écriture inorganisée des enfants qui s’organise bientôt dans les conditions d’une éducation normale (...). (La deuxième) est la grande synthèse de l’harmonie et de l’inharmonie (...) L’âme de notre oeuvre est dans cette idée grâce à laquelle on sort de l’indécision, souvent d’un seul coup d’œil, dans le choix des expressions amélioratives ou péjoratives’’.
La perception de la relativité de la valeur d’un signe graphique et le constat que l’absence d’un signe graphique ne correspond pas à l’absence de la caractéristique psychologique correspondante conduisirent Crépieux-Jamin à éclaircir la méthode. Tout d’abord il définit le mot signe : ‘’on appelle signe une manifestation graphique’’. Cette observation, aussi simple soit-elle, a fait franchir un pas décisif à la graphologie : au lieu de répertorier les signes, comme le faisait Varinard à la même époque à la suite de Michon, en ‘’signes de vivacité, signes de despotivité, signes de ténacité’’ etc. (à côté de considérations sur la ponctuation, la barre du t, la direction des lignes.), Crépieux-Jamin put ainsi classer les signes uniquement en fonction des caractéristiques graphiques : ‘’écriture harmonique, écriture inharmonique, écriture descendante, écriture montante, courbes, angles, mots, lettres’’.
En circonscrivant son classement aux seules caractéristiques graphiques (c’est à dire sans y introduire de caractéristiques psychologiques) Crépieux-Jamin put distinguer des ‘’signes généraux’’ (écriture harmonique, inharmonique, grande, petite, verticale, renversée, inclinée etc.) et des ‘’signes particuliers’’ (les courbes, les angles, les mots - grossissants, gladiolés, oubliés, filiformes...), les lettres (liées, juxtaposées, à tour de rôle droites et inclinées ... ) etc.
Une réflexion critique sur ce classement conduisit Crépieux-Jamin à l’épurer dans ses publications suivantes et dans les rééditions du ‘’Traité pratique’’ : « Il n’y a pas de signes particuliers, il n’y a que des signes généraux dont les modes sont divers » écrit-il dans ‘’L’écriture et le caractère’’ et il fait disparaître du ‘’Traité pratique’’ le ‘’tableau des signes généraux et des signes particuliers’’ pour le remplacer par le ‘’tableau des signes essentiels de la graphologie’’ qui répertorie les différentes espèces recensées.
Dans son "tableau des signes généraux et des signes particuliers" tel qu’il figure dans la première édition du ‘’Traité pratique’’, les ‘’signes particuliers’’ occupent plus de deux fois plus de place que les "signes généraux" (5 pages ½ contre à peine une page 1/2) : après avoir cité successivement les courbes, les angles et les lignes, Crépieux-Jamin y répertorie des observations sur les mots, sur les lettres, les majuscules, les finales, les traits au sens courant du terme, c’est à dire en tant que tracés, les barres de t etc.
Dans les éditions revues et corrigées du ‘’Traité pratique’’ un "tableau des signes essentiels" remplace les deux précédents : l’observation des détails isolés a disparu pour laisser place à une liste alphabétique d’observations graphiques correspondant sensiblement aux espèces que nous connaissons aujourd’hui.
Poursuivant sa réflexion sur la classification des signes graphiques Crépieux-Jamin répartit ses espèces selon les types d’observations comme l’avait proposé Lavater en écrivant «Je distingue dans l'écriture la substance et le corps des lettres, leur forme et leur arrondissement, leur hauteur et leur longueur, leur position, leur liaison, l'intervalle qui est entre les lignes, si celles-ci sont droites ou de travers, la netteté de l'écriture, sa légèreté ou sa pesanteur ». Crépieux-Jamin crée ainsi les genres pratiquement en parallèle à l’observation de Lavater : forme (forme), dimension (hauteur et longueur des lettres), direction (lignes droites ou de travers), continuité (liaison entre les lettres), ordonnance (position des lettres, intervalle entre les lignes), intensité (qui pourrait correspondre à netteté, légèreté et pesanteur). (Remarquons en passant que Lavater faisait déjà la distinction subtile entre trait et tracé introduite officiellement par Magnat puisqu’il distingue la "substance" et le "corps" des lettres.)
Une lecture attentive montre que la création des six genres jaminiens (intensité, forme, dimension, direction, continuité, ordonnance) s’appuyait sur le classement déjà fait et non sur un regard nouveau sur l’écriture puisque Crépieux-Jamin considérait les genres comme des ‘’éléments fondamentaux’’ obtenus, selon ses propres termes, ‘’en opérant une réduction sévère des signes généraux’’. Au fil du temps, les six genres initiaux devinrent sept par éclatement de l’intensité entre pression et vitesse, puis huit avec les successeurs de Crépieux-Jamin par éclatement du genre direction entre direction et inclinaison, ainsi que l’avait proposé Lavater, puis neuf avec votre serviteur par éclatement du genre direction entre direction des lignes et orientation du tracé.
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LAVATER |
LES GENRES JAMINIENS INITIAUX |
L’ÉVOLUTION DES GENRES |
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«Je distingue dans l'écriture |
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la substance et le corps des lettres, |
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leur forme et leur arrondissement |
forme |
forme |
forme |
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leur hauteur et leur longueur, |
dimension |
dimension |
dimension |
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leur liaison*, |
continuité |
continuité |
continuité |
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leur position, |
ordonnance |
ordonnance |
ordonnance |
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l'intervalle qui est entre les lignes, |
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si celles-ci sont droites ou de travers, |
direction |
direction |
direction |
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inclinaison |
inclinaison |
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orientation du tracé |
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la netteté de l'écriture, sa légèreté ou sa pesanteur ». |
intensité |
pression |
pression |
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LAVATER |
vitesse |
vitesse |
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* pour un meilleur suivi du tableau les termes "liaison" et "position" ont été intervertis. |
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Crépieux-Jamin ne semblait pas attacher une grande importance aux genres ; les genres semblaient être pour lui un simple outil de classement, peut-être destiné à éviter les oublis dans les définitions, et l’on trouve curieusement dans l’’’ABC’’ l’écriture concave au genre forme alors que Crépieux-Jamin explique clairement que « l’écriture concave est affaissée au centre des lignes » et que «c’est une variété de l’écriture descendante» qu’il classe, quant à elle, fort justement dans le genre direction. On y trouve aussi l’écriture étrécie au genre forme, alors que son antonyme l’écriture étalée est au genre dimension ; on y trouve encore l’écriture espacée au genre dimension alors qu’il s’agit d’espaces entre les mots et entre les lignes plus nettement en relation avec l’ordonnance. Ceci pour ne citer que quelques exemples montrant qu’effectivement Crépieux-Jamin ne s’était pas attardé sur les genres.
Pourtant le classement des espèces tel qu’il l’avait conçu ne satisfaisait pas pleinement Crépieux-Jamin au crépuscule de sa vie. Percevant que toutes les espèces n’étaient pas de même nature, il avait écrit dans son dernier ouvrage ‘’Il est nécessaire pendant quelque temps encore de renoncer à l’idée d’un classement des signes qualitatifs’’ ; il avait écrit aussi : ‘’l’œuvre de demain sera la division des espèces en qualitatives et secondaires’’. C’est à André Lecerf qu’il avait confié le soin de poursuivre sa tâche. Celui-ci s’est exécuté de son mieux en écrivant le ‘’Cours supérieur de graphologie’’, mais sans doute était-il trop près du Maître pour envisager une mise à plat de son oeuvre ; aussi, s’il a excellé à exprimer les idées de Crépieux-Jamin, Lecerf n’a-t-il rien apporté au classement opéré par le Maître : espèces qualitatives et synthèses d’orientation sont pour lui synonymes. L’excellent ‘’Exposé de graphologie d’après la méthode de Crépieux-Jamin’’ qu’il présente dans la revue de la Société de graphologie de Mars 1940 est explicite à ce sujet : après avoir décrit les deux synthèses d’orientation majeures que sont l’organisation et l’harmonie, Lecerf dit quelques mots des autres synthèses d’orientation et précise à ce propos « Crépieux-Jamin, dans ces quelques lignes, a énuméré les différents aspects principaux (dits synthèses d’orientation ou espèces qualitatives) sous lesquels il faut d’abord examiner une écriture...). »
Synthèses d’orientation et espèces qualitatives se confondent donc pour lui comme elles l’avaient fait pour Crépieux-Jamin, comme elles l’ont fait pour leurs contemporains et leurs successeurs. Or, en assimilant les synthèses d’orientation à des espèces - fussent-elles qualitatives - on intègre leurs observations dans des genres et le classement reste flou avec les anomalies que nous avons soulignées auxquelles on peut rajouter d’autres exemples : dans quel genre classe-t-on l’écriture inhibée ? dans la continuité diront certains. Oui mais la continuité ne concerne-t-elle pas la liaison entre les lettres ? dans le mouvement diront d’autres. Oui mais le mouvement n’est pas un genre. Où classe-t-on l’écriture ferme et l’écriture tendue? l’écriture ferme se classe dans la pression dira-t-on. (Ce qui semble curieux, la fermeté n’est pas l’appui, ni l’état des bords du trait). Soit, mais alors l’écriture tendue ? C’est simple, elle se classe dans le degré de tension. Oui mais la tension n’est pas un genre.
Donc quelque chose ne va pas dans le classement. Il n’est pas clair. Cela n’a pas échappé aux détracteurs de la graphologie. L’existence dans ‘’l’ABC de la graphologie’’ d’une écriture gracieuse, d’une écriture sénile (citée seulement) ne leur a pas échappé non plus, de même que la difficulté à expliquer sur quoi repose notre terminologie et ce qui en fait le ciment. En feuilletant des ouvrages de graphologie, on constate qu’il n’est pas rare de rencontrer deux définitions différentes d’une même espèce ; cela prouve aussi le flou qui nous menace. Or quelles sont ces espèces ? Si tout le monde s’accorde à donner la même définition à l’écriture grande ou à l’écriture petite, ou à l’écriture gladiolée ou encore à l’écriture inclinée ou surélevée, ou légère ou appuyée, ce n’est plus la même chose lorsqu’il s’agit d’écriture inhibée, ou contrôlée, ou ferme, ou molle, voire d’ailleurs personnalisée ou inégale. Pourquoi?
Si l’on considère toutes ces espèces, on se rend compte qu’il s’agit justement d’espèces qualitatives. Et nous voici de retour à notre problème : il faut bien définir et classer les espèces qualitatives !
C’est justement cette réflexion que je me suis faite il y a quelques années. Qu’est-ce qu’une espèce qualitative ? C’est une synthèse d’orientation nous dit Lecerf et Jean-Charles Gille Maisani précise - dans sa ‘’’suite à l’ABC de la graphologie’’ en 1° partie de ‘’Psychologie de l’écriture’’ publié en 1969 chez Payot - que les synthèses d’orientation sont ‘’de grandes espèces qualitatives en nombre très limité présentant un intérêt tel qu’on a l’habitude en analysant une écriture de les observer de façon systématique et de les placer en tête de la définition’’.
A force de réflexion sur la notion de synthèse d'orientation et sur une définition plus efficiente de ces termes, j'ai enfoncé une porte toute grande ouverte par d'autres mais par laquelle personne n'était jamais passé: une synthèse d’orientation est une synthèse qui oriente ; c’est une synthèse d’observations graphiques destinée à orienter le diagnostic graphologique.
Chaque synthèse d’orientation se compose d’espèces synthétiques qui la caractérisent. Ces espèces synthétiques synthétisent des observations graphiques faites en considérant directement l’écriture dans ses composantes les plus simples et éventuellement d’autres observations synthétiques.
Les composantes les plus simples de l’écriture sont tout simplement les genres proposés par Crépieux-Jamin et ses successeurs et les petits signes. Donc on observe l’écriture au moyen d’espèces qui se rapportent aux genres (c’est à dire d’espèces génériques) et éventuellement de petits signes et on synthétise ces observations au sein de synthèses d’orientation en s’exprimant au moyen d’espèces synthétiques et bien entendu au sein de synthèses libres dont je parlerai tout à l’heure.
Autrement dit : il existe (tableau page suivante)
Ø des espèces génériques qui sont des observations simples caractérisant une écriture dans un genre donné (un genre étant une division des caractéristiques de l’écriture fondée sur un caractère commun directement mesurable ou directement observable)
Ø et il existe des espèces synthétiques qui sont des observations synthétiques caractérisant une écriture en fonction d’une synthèse d’orientation donnée (une synthèse d’orientation étant une synthèse d’observations graphiques établie selon un schéma qui lui est propre et destinée à orienter le diagnostic graphologique).
L'habitude donnant un accès quasi immédiat aux observations synthétiques, le graphologue oublie facilement le caractère synthétique des espèces concernées, pourrant clé de voûte de son travail puisque seules les observations synthétiques sont interprétables (espèces synthétiques et synthèses libres), une espèce générique décontextualisée ayant seulement des potentialités d'interprétation.
GENREDivision des caractéristiques de l'écriture fondée sur un caractère commun directement mesurable ou directement observable. ß Espèces génériquesObservations simples caractérisant une écriture dans un genre donné.
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SYNTHESE D'ORIENTATIONSynthèse d'observations graphiques établie selon un schéma qui lui est propre et destinée à orienter le diagnostic graphologique. ß Espèces synthétiquesObservations synthétiques caractérisant une écriture donnée en fonction d'une synthèse d'orientation donnée.
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L’intérêt de cette restructuration de la terminologie peut être mis en évidence en comparant l’inhibition traitée par Lecerf et la synthèse d’inhibition telle que je la propose :
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A. LECERF |
D. DUMONT |
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«Nous allons évaluer l'inhibition dans ses modes habituels qui sont très nombreux (…)» |
Espèces d'inhibition |
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Ensemble de l'écriture |
Finales |
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Inorganisée |
Tremblée |
Ecriture inhibée |
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Brisée et fragmentée |
Ralentie |
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Ecriture suspendue |
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Juxtaposée |
Descendante |
Ecriture retenue |
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Pointillée |
Chevauchante |
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Suspendue |
Gladiolée |
Ecriture contrôlée |
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Abrégée |
Désorganisée |
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Inutilement ponctuée |
Rythmée |
Ecriture spontanée |
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Retouchée |
Spasmodique |
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Renversée |
Sinueuse |
Ecriture progressive |
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Hésitante |
Compliquée |
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Massuée |
Jointoyée |
Ecriture résolue |
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Rapetissée |
Ornée |
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Ecriture lancée |
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Régressive |
Retenue |
Ecriture dynamogéniée |
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Tordue |
Sobre |
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Ecriture emportée |
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Donc, Lecerf classe dans l’inhibition l’écriture inorganisée, l’écriture brisée, l’écriture juxtaposée, pointillée, suspendue, abrégée, retouchée etc. soit 28 espèces qui enregistrent des traces d’inhibition dans leur propre domaine et une seule qui soit vraiment synthétique mais qu’il nomme seulement sans l’expliciter dans son exposé : c’est l’écriture retenue.
En revanche, si l'on classe dans la synthèse d’inhibition des espèces synthétiques enregistrant les différents degrés d’inhibition : l’écriture inhibée, l’écriture retenue, l’écriture contrôlée, l’écriture spontanée, l’écriture progressive, l’écriture résolue, l’écriture dynamogéniée et l’écriture emportée, chaque espèce d’inhibition ainsi définie est effectivement synthétique. Toute règle ayant ses exceptions, deux espèces directement observables qualifiant l’inhibition des finales s’intégrent à la synthèse d’inhibition: l’écriture suspendue pour les finales inhibées et l’écriture lancée pour les finales qui manquent d’inhibition.
Ainsi, observant l’inhibition de l’écriture de de Gaulle, selon la liste de Lecerf, on note qu’elle est chevauchante en descendant et sobre. Ces espèces-là seront alors répertoriées dans la définition et interprétées avec les autres.

En revanche, si on fait une véritable synthèse d’inhibition en étudiant le jeu des freins ou de l’absence de freins qui limitent ou libèrent la libre expression de la personnalité et de ses impulsions, on relève que l’écriture est :
* progressive dans sa forme (é. simplifiée), son inclinaison (é. inclinée, égale à nuancée d’inclinaison), sa vitesse (é. rapide), son orientation (é. dextrogyre), sa continuité (é. liée à groupée), certains petits signes (attaques directes, p en pince, points en avant des i) ;
* elle est résolue dans sa tension (é. ferme à tendue) ajoutée à la progressivité ;
* elle est aussi contrôlée dans son ordonnance intérieure (é. aérée à espacée), sa dimension en hauteur (é. petite), la présence de la ponctuation y compris sur les j, et sa direction (é. chevauchante en descendant) ;
* enfin cette écriture est retenue dans sa dimension en largeur (é. étrécie sur certaines lettres), certaines finales, dans l’ordonnance extérieure (marge de gauche régressive par paliers, marge de droite relativement grande).
Nous avons donc :
Ø traduite par l’écriture progressive une expression spontanée de soi. Cette expression spontanée de soi concerne: les choix (qui vont directement à l’essentiel : é. simplifiée), la prise en compte du regard de l’autre sans toutefois se laisser influencer (é. inclinée et égale à nuancée d’inclinaison), la rapidité et l’efficacité de la mise en oeuvre des idées (é. rapide), l’orientation vers un but objectif et extérieur à soi (é. dextrogyre), l’intelligence déductive et synthétique (é. liée à groupée), la rapidité d’action (attaques directes, p en pince, points en avant des i) ;
Ø l’écriture résolue dans sa tension ferme à tendue ajoute au tableau hardiesse, confiance en soi, adaptation positive et volontaire ;
Ø l’écriture contrôlée montre que le souci de logique et de maîtrise de soi contrôle constamment l’élan intuitif révélé par l’écriture progressive, en renforçant l’objectivité et l’écoute (é. petite, aérée à espacée) et que les risques de découragement sont en permanence contrecarrés par la force de la volonté (é. chevauchante en descendant) ;
Ø enfin, l’écriture retenue dans sa dimension en largeur, certaines finales courtes et son ordonnance extérieure, montre l’exigence et la sélectivité qui interdisaient au scripteur tout élan affectif et tout laisser aller ; la prudence, le contrôle et la réflexion présidaient à tous ses actes.
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ÉTUDE DE L'INHIBITION DANS L'ÉCRITURE DE CHARLES DE GAULLE |
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A. LECERF |
D. DUMONT |
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Écriture chevauchante en descendant |
forme |
é. simplifiée |
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inclinaison |
é. inclinée é. égale à nuancée |
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vitesse |
é. rapide |
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orientation |
é. dextrogyre |
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continuité |
é. liée à groupée |
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petits signes |
attaques directes p en pince points en avant des i |
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é. résolue Þ |
tension |
é. ferme à tendue |
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é. progressive |
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é. contrôlée Þ |
ordonnance intérieure |
é. aérée à espacée |
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dimension en hauteur |
é. petite |
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ponctuation |
présente |
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direction |
é. chevauchante en descendant |
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é. retenue Þ |
dimension en largeur |
é. étrécie |
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finales |
courtes |
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ordonnance extérieure |
marge gauche régressive par palier |
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marge de droite relativement grande |
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Il est certain qu’une étude de l’inhibition de cette écriture qui se limiterait à la dire progressive gommerait tout un pan de la personnalité.
Crépieux-Jamin a défini deux synthèses d’orientation (l’organisation et l’harmonie) et en a proposé quelques autres (l’inégalité, l’inhibition ...). Pour ma part j’ai développé l’organisation tout en préférant l’appeler synthèse d’évolution, ce qui est plus conforme à son contenu puisque j’y place le degré de maîtrise du geste graphique (y compris l’observation des composantes enfantines, des composantes de désorganisation et des composantes d’autonomie) et le degré de personnalisation en différenciant quatre types de ‘’personnalisation’’ (l’écriture calligraphique, l’écriture conventionnelle, l’écriture affectée et l’écriture personnalisée, ce qui recoupe d’ailleurs la réflexion de Jung sur l’individuation). J’ai travaillé le rapport forme/mouvement en termes de rapport de forces, élaboré une relecture du degré de tension, créé une synthèse d’inhibition fondée sur l’observation du jeu des freins qui limitent ou libèrent la progression ou l’expansion de l’écriture. J’ai apporté aussi un modeste complément à la lecture de l’harmonie et créé une synthèse d’inégalité incluant à la fois les degrés et les catégories d’inégalités. Trois de ces synthèses sont développées dans ‘’Les bases techniques de la graphologie’’ que j’ai publié chez Delachaux et Niestlé en Octobre 94. Y sont présentées également mes observations sur la classification en genres et synthèses d’orientation et, par voie de conséquence, en espèces génériques et espèces synthétiques.
S’il est évident que le travail taxinomique que j’ai entrepris apporte un éclaircissement sémantique, cette restructuration présente également un intérêt sur le plan méthodologique.
Nous voici donc désormais outillés d’espèces génériques et d’espèces synthétiques.
Chaque genre correspond à une catégorie d’observations graphiques directement mesurables ou directement observables : la dimension (on peut mesurer la hauteur et la largeur des lettres), l’inclinaison (on peut mesurer le degré d’inclinaison des lettres) la forme (on observe directement la forme de base, les ouvertures, les simplifications ou les complications ...) la direction (on observe directement si les lignes montent, descendent ... et on peut mesurer l’angle de leur pente) etc.
Donc, à une catégorie d’observations directes correspond un créneau d’interprétations, car nous savons tous que chaque genre correspond à un créneau d’interprétations : la continuité concerne la logique et le suivi de l’activité, du raisonnement, des contacts ; la direction concerne la fluctuation de l’humeur ; l’orientation du tracé concerne l’ouverture aux autres etc. L’interprétation d’une espèce correctement classée se retrouve facilement à l’aide de sa définition, de l’interprétation générale du genre auquel elle se rapporte et du symbolisme de l’espace graphique.
Évacuer des genres les espèces qui ne les concernent pas, donc n’y laisser que celles qui les concernent, permet de ce fait à l’étudiant en graphologie de se repérer plus facilement et surtout, les choses étant devenues claires, cela lui permet de trouver lui-même les interprétations possibles par une simple réflexion, ce qui évite une mémorisation lourde et fastidieuse d’une quantité de possibilités.
Libérer les espèces synthétiques du carcan inadéquat des genres et leur reconnaître un type de classement autonome permet de développer les synthèses d’orientation et de leur rendre leur pleine dimension, ce qui était attendu : les Entretiens de Bichat de la graphologie organisés par la Société Française de Graphologie en janvier 1993 ne se terminaient-ils pas sur ces mots : « la graphologie française manque de synthèses ».
Comme chaque genre renseigne sur un créneau d’interprétations donné, de la même façon chaque synthèse d’orientation oriente le diagnostic sur un plan donné. Ainsi la synthèse d’évolution renseigne sur l’habileté avec laquelle l’écriture enregistre la pensée et le degré d’autonomie de cette pensée et du mode de vie qui en découle ; la synthèse d’inhibition renseigne sur le jeu des freins qui limitent ou libèrent la libre expression de la personnalité ; la synthèse d’inégalité renseigne sur les fragilités du scripteur, les domaines dans lesquels il est perturbable, ceux dans lesquels il se raidit ou encore ceux dans lesquels il est ouvert et réceptif. etc. Plus les synthèses d’orientation utilisées sont nombreuses et riches, plus le diagnostic est sûr et complet.
Dans le protocole que constitue la fiche technique, les synthèses d’orientation sont définies, détaillées et hiérarchisées de façon à ce que l’ossature du portrait graphologique se dessine au fil du déroulement de la fiche. Le plus difficile pour les étudiants est sans doute l’observation des espèces synthétiques. Il leur faut ‘’vingt fois sur le métier remettre leur ouvrage’’(comme le disait Boileau à propos d’un autre art), mais n’en est-il pas de même de tous les apprentissages ? Ainsi lorsqu’en histoire de l’art on veut apprendre à reconnaître les styles, il faut d’abord en étudier les particularités pour en avoir ensuite une vue d’ensemble qui en permette l’identification. Une fois dépassé ce stade de l’apprentissage - qui peut être plus ou moins rapide selon la complexité du style étudié - un seul coup d’œil rapide permet d’identifier le style. De la même façon, un graphologue chevronné voit de suite, comme intuitivement, si l’écriture est légèrement personnalisée, si elle est progressive dans tous ses genres ou retenue dans certains et résolue dans d’autres... alors qu’il faut du temps à un étudiant débutant pour faire les mêmes observations.
Cette impression d’intuition se manifeste plus encore dans la mise en oeuvre des synthèses libres que le graphologue construit théoriquement après avoir défini l’écriture mais que l’habitude impose directement à l’esprit lorsqu’on a une certaine pratique.
Cette ‘’intuition’’ est certes un atout appréciable et nous ne saurions en faire abstraction tant elle nous est précieuse ; mais c’est aussi un danger. Un danger car les plus jeunes dans le métier peuvent se laisser tenter à brûler les étapes ; un danger aussi, tout bêtement, mais il faut bien le dire, car elle offre aux non initiés et parmi eux bien sûr à nos détracteurs les plus féroces l’impression que nous sommes des voyants, des occultistes, bref, que nous sommes un peu sorciers et en tout cas pas sérieux. Une structuration solide de notre terminologie et une structuration solide de notre protocole d’observation ne peuvent être que favorables à une image de sérieux et - qui sait - peut-être peuvent-elles, indépendamment de la graphométrie, nous aider à faire quelques pas vers une démarche de validation de la graphologie.
Pour cet exposé, voici, avec l’aimable autorisation de mes éditeurs, une présentation schématique de la terminologie ainsi revue :
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LES DIFFERENTS ELEMENTS DU TRAVAIL GRAPHOLOGIQUE
LES MATERIAUX Simples : espèces génériques + petits signes Plus élaborés : espèces synthétiques
LES OUTILS Synthèses d'orientation Synthèses libres
LE CLASSEMENT DES MATERIAUX En théorie : genres, synthèses d'orientation En pratique : synthèses d'orientation, définition, synthèses libres
LE SAVOIR-FAIRE Connaissance de la signification générale des genres Connaissance de la signification générale des synthèses d'orientation Connaissance de la signification générale de la gestion de l'espace graphique (d'où connaissance détaillée de l'interprétation de chaque espèce ) |